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Lutte contre le travail des enfants : Une opération de police dénommée « Nawa 2 » pour secourir les enfants victimes de traite et d’exploitation

Enceinte du commissariat de Soubré, ce jeudi 06 mai 2021. Le temps est plutôt clément en ce début de journée. Une centaine de Policiers, Gendarmes et Eaux et forêts sont arrêtés sous le drapeau entourée d’une vingtaine de journalistes caméras et stylos en main aux aguets de la moindre information. Malgré le soleil de plomb qui s’annonce  en ce jour, ces membres  de cette force mixte semblent déterminés à mener à bien leur mission. Plus qu’un instant, ils recevront les consignes de leurs premiers responsables puis flanqués des journalistes à la recherche de scoops et d’informations,  ils pourront embarquer vers des destinations qui sont encore tenus secrètes.

Cette situation quelque peu rocambolesque est le top départ de l’opération de police baptisée «Nawa 2» qui va se dérouler du 06 au 07 mai 2021 dans la région de la Nawa.

En effet, ces membres des forces de l’ordre sont sous les ordres du Commissaire principal Zaka Luc, commandant de la sous-direction de la police criminelle en charge de la lutte contre la traite des enfants et la délinquance juvénile (SDLTEDJ).  Crée pour apporter une réponse plus efficace au phénomène de traite, d’exploitation et de travail des enfants,  cette unité spéciale de la Police Criminelle  est en pointe en Côte d’Ivoire, dans la lutte contre cette épineuse problématique. En effet, dans l’optique d’optimiser la lutte contre ce phénomène, six (06) antennes régionales de cette unité de police ont été installées à San Pedro, Soubré, Man, Korhogo, Bouaké et Bondoukou.

Après les opérations de police « Bia 1 », « Bia 2» en 2011,  «Nawa 1 », en 2014 et « Bia 3 » en 2020, l’unité du colonel Zaka Luc en partenariat avec le Comité National de Surveillance des actions de lutte contre la Traite, l’Exploitation et le Travail des Enfants  s’apprête  à  remettre le couvert et à traquer les trafiquants et les exploitants d’enfants dans la région de la Nawa dans les plantations de cacao et dans les mines clandestines.

Cette opération  mobilise au total  une centaine d’éléments des Forces de Défense et de Sécurité composés  de la Police, de la Gendarmerie, des Eaux et Forêts, d’Interpol, de l’UTC, ainsi que  de personnes civiles.

Après les conseils d’usage au drapeau,  vont tour-à-tour prendre la parole, le commissaire principal Zaka Luc, commandant de l’unité spéciale de la police criminelle en charge de la lutte contre le travail des enfants, M. Coulibaly Brahima, représentant de la Première Dame Dominique Ouattara, Présidente du CNS et enfin le commissaire Amani Joël, Préfet de police de San Pedro.

Le colonel Zaka Luc a donné l’objectif de l’opération. Traquer les exploitants d’enfants jusque dans les plantations afin de sauver les enfants de leur  emprise. Par ailleurs, il a engagé ses hommes à respecter les droits de l’homme et d’éviter de faire usage de leurs armes sauf en cas de légitime défense. «C’est un jour spécial.  Nous organisons aujourd’hui, l’opération de police « Nawa 2 ». C’est en 2014 que nous avons organisé la 1ère édition de cette opération de police dans la région de Soubré. Nous revenons à la charge pour mener cette opération «Nawa 2» pour retirer tous les enfants victimes de traite ou d’exploitation dans les plantations de cacao ou dans les exploitations de mine clandestine », a-t-il planté le décor.   M. Coulibaly Brahima, quant à lui, a tenu à réitérer le ferme engagement de la Première Dame dans la lutte contre le travail des enfants.

Le commissaire Amani N’Guessan, Préfet de police de San Pedro a tenu à souligner l’importance de cette opération pour l’état ivoirien. « L’Etat de Côte d’Ivoire prend très au sérieux la lutte contre le travail des enfants dans la cacaoculture. Je voudrais compter sur votre professionnalisme pour le bon déroulement de cette mission », a-t-il souhaité.

Le modus operandi de l’opération « Nawa 2 »

Après ces conseils d’usage,  les forces mixtes présentes sont divisées en trois (03) groupes  et placées sous la responsabilité d’un officier de police judiciaire. En effet, pour cette première journée,  le groupe «A» placé sous la direction du Lieutenant Guy-Marius Tagouely a eu pour mission d’investir la localité de Méagui. Tandis que le Groupe «B»  investissait la localité d’Oupoyo. Et enfin, le groupe «C», la localité de Yabayo.  A ces groupes sont affectés des équipes de reporters  pour rendre compte dans les moindres détails du déroulement de cette délicate opération.

Forte pression sur les exploitants de la main d’œuvre infantile

Après 4 à 5 heures de manœuvre policière dans ces localités reculées sur des routes parfois impraticables,  chaque équipage est revenu avec « sa moisson » du jour : des enfants sauvés et des présumés exploitants mis aux arrêts. Les enfants victimes sont conduits sous bonne escorte au Centre d’Accueil pour Enfant de Soubré où des travailleurs sociaux mobilisés en grand nombre pour la circonstance les y attendent.

Les présumés exploitants sont quant eux, conduits au commissariat de police de Soubré où ils sont soumis à un interrogatoire et gardés à vue.

Jour 2. Même disposition. Rassemblement. Trois (03) équipages. Trois (03) directions.  Cette fois-ci, les équipages s’ébranlent dans les mêmes localités, mais sur des axes différents.  Après quelques heures de traque, les différentes équipes retournent  à la base. La moisson est aussi fructueuse que la veille.  Après un bref passage au commissariat de Soubré, ces enfants ont été transférés au Centre d’accueil  pour les enfants de Soubré.  En outre,  les personnes mis aux arrêts au cours de cette opération,  ont été mises  à la disposition de la Justice. Une procédure sera ouverte à leur encontre pour situer leur responsabilité pénale afin qu’ils subissent toute la rigueur de la loi.

Nawa 2 : 68 enfants sauvés  et 24 personnes mises aux arrêts

« Au terme de l’opération  qui a été menée sur les  deux (02) jours hier et aujourd’hui,  nous tenons à vous informer que nous avons soixante-huit (68) victimes qui ont été prises en charge. Elles sont effectivement au Centre d’Accueil pour Enfant en détresse de Soubré. En ce qui concerne les mis en cause, pour la journée d’hier,  nous avons pu interpeller  treize (13) personnes et aujourd’hui,  nous avons eu onze (11). Au total, nous avons interpellé  vingt-quatre (24) mis en cause qui sont   en ce moment à la disposition du commissariat de Soubré. Nous allons continuer les enquêtes jusqu’à lundi  afin d’avoir tous les éléments  et au besoin pour procéder au déferrement de ces personnes », a révélé M. Koné Alexandre, Substitut résident près le tribunal de première instance de San Pedro.  Bien avant,  recevant les journalistes, le Substitut a révélé que les instructions données  dans le cadre de la lutte contre le phénomène de traite, d’exploitation et de travail des enfants par le Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme  est la tolérance zéro. Il a même révélé que le mois dernier,  un homme originaire d’un pays frontalier à la Côte d’Ivoire a écopé de dix (10) ans de prison après avoir été mis aux arrêts pour traite et exploitation d’un enfant mineur. Victor Koffi, Directeur du Centre d’accueil pour enfant en détresse de Soubré lève un coin de voile sur la procédure de prise en charge des enfants dans le centre d’accueil de la Fondation Chidren Of Africa. « Nous avons au total sept (07) points d’écoute avec un travailleur social. Nous avons élaboré un outil de quatre (04) pages qui va identifier l’enfant. Les équipes mixtes de police et de gendarmerie vont venir systématiquement avec les enfants au centre.  Quand nous les recevons, nous faisons un dispatching dans les 7 bureaux d’écoute. Ils seront écoutés en quatre (04) chapitres qui sont : identification de l’enfant,  identification des parents biologiques de l’enfant, identification de l’employeur ou du tuteur de l’enfant et enfin, la vulnérabilité vécue par l’enfant. Quand il est avéré que l’enfant est victime d’une vulnérabilité que nous traitons, l’enfant est retenu temporairement. Cet enfant sera hébergé sur une période de trois (03) jours », a-t-il précisé.

Le modus operandi de l’opération « Nawa 2 »

Après ces conseils d’usage,  les forces mixtes présentes sont divisées en trois (03) groupes  et placées sous la responsabilité d’un officier. En effet, pour cette première journée,  le groupe «A» placé sous la direction du Lieutenant Guy-Marius Tagouely a eu pour mission d’investir la localité de Méagui.  Le Groupe «B» placé sous la responsabilité du Lieutenant N’guessan Jérôme a eu pour mission de se rendre dans la localité d’Oupoyo. Et enfin, le groupe «C» dirigé par le Lieutenant Tiecoura Casimir  a eu pour feuille de route de se rendre dans la localité de Yabayo.  A ces groupes sont affectés des équipes de reporters  pour rendre compte dans les moindres détails du déroulement de cette délicate opération. La consigne est donnée de ne poster aucun commentaire sur les réseaux sociaux pouvant ébruiter le déroulement de cette opération dans la Nawa.  Consigne tant bien que mal respectée par l’ensemble des journalistes présents.

Après la constitution de ces groupes, le cap est mis sur le terrain avec pour mission de venir au secours des enfants victimes de traite, d’exploitation et de travail.

1ère journée : Cap sur Méagui

Flanqués des véhicules des journalistes, les policiers, gendarmes et eaux et forêts sous les ordres du Lieutenant Guy-Marius Tagouely mette le cap sur la ville de Méagui, zone cacaoyère située à 51 km de Soubré.  Dès l’arrivée dans cette localité, l’équipe s’engouffre dans la forêt sur les sentiers et les pistes villageoises sinueuses. A la lisière d’une plantation de cacao, les fins limiers de l’opération «Nawa 2» aperçoivent au loin dans la broussaille des enfants s’enfuyant à leur vue. Coup de frein. Puis s’ensuit sur une distance de près de deux (02) km dans les dédalles des plantations et des rizières une course poursuite. Finalement, après une trentaine de minutes de marche à travers les plantations, le jeune Drabo Salidou est croisé sur une moto transportant un herbicide dangereux. Après l’avoir rassuré, les policiers lui posent des questions sur son identité, son âge, sa présence en ces lieux et ses parents. Questions auxquels, l’enfant répond avec beaucoup de difficulté. Soutenant qu’il a 18 ans, l’enfant n’arrive cependant pas à donner avec exactitude sa date de naissance.  Selon ce dernier,  il est en compagnie de son oncle qui se trouve plus en amont dans la plantation. Ce qui pousse les éléments de cette patrouille à prendre avec  beaucoup de réserve ses propos. Ils demandent à l’enfant de  les conduire  à son oncle.  Chemin faisant la patrouille tombe nez-à-nez  avec le frêle jeune Abdoul Karim Koné revenant des champs. N’arrivant pas à convaincre les forces de l’ordre décident également de le reconduire après de ses parents présents dans la plantation. Après quelques minutes,  ils arrivent dans la plantation de Koné Baba,  de l’oncle du jeune Abdoul Karim Koné. Plus loin, se trouve une rizière dans laquelle sont à la tâche des femmes et des enfants. Les policiers hèlent les femmes en question en leur demandant de venir  avec les enfants. Entretemps, ils assènent  de questions, l’oncle d’Abdoul-Karim qui  peine à les convaincre. Sur le moment, arrivent les femmes travaillant dans la rizière avec une fillette de 8 ans répondant au nom d’Ouédraogo Oumou. Comme aux autres parents, les forces de l’ordre souhaitent savoir la raison de la présence de la fillette nue pied  et en plein travail dans la rizière. Madame Ouédraogo Coty, sa mère, leur rétorque la fillette est bien inscrite à l’école  en classe de CP1. Cependant, elle n’arrive pas à expliquer pourquoi cette dernière se retrouve à travailler un jeudi dans une rizière. Finalement les forces de l’ordre décident de retirer  les enfants de cette situation douteuse. La patrouille poursuit sa route, cette fois-ci avec les enfants retirés dans les plantations. A Kragui, village de Méagui, les forces de l’ordre inspecte une véhicule de transport en commun et débusque un enfant mineur en provenance seul du Niger.  Puis elles visitent  successivement les villages d’Anokro, Petit Ouellé, Kpocreadji, Issakro et Pograli dans l’espoir de rencontrer des enfants victimes de traite et d’exploitation. Pour cette première journée, ce sont au total, une dizaine d’enfants qui ont été arrachés des mains de personnes indélicates.

Forte pression sur les exploitants de la main d’œuvre infantile

La seconde et dernière journée de l’opération « Nawa 2 »  a débuté à pas de charge. En effet, comme la veille, les équipes mixtes de Police, Gendarmerie, Eaux et Forêts et Interpol se sont livrées à une vraie chasse aux trafiquants et exploitants d’enfants. Dès 9 heures, le ton était donné par le Colonel Zaka Luc, Directeur de la  SDLTEDJ lors du regroupement au drapeau. « Aujourd’hui, vous devez faire le maximum car nous avons plus besoin de sauver les victimes. (…) Quant à ceux qui les font travailler, ils répondront de leurs actes », a-t-il recommandé.  Pour cette deuxième journée,  les équipes ont visité  d’autres villages de Méagui. En effet, elles ont sillonné tous les villages situés sur l’axe Soubré-Méagui. Il s’agit notamment de Korobadougou, Niankoradji, Oupoyo et le quartier Prospère de Méagui.  A chacune de ces étapes,  des enfants ont été découvert en situation d’exploitation.  Ces derniers ont été pris en charge par les équipes. Après un bref passage au commissariat de Soubré, ces enfants ont été transférés au Centre d’accueil  pour les enfants de Soubré.  En outre,  les personnes mis aux arrêts au cours de cette opération,  ont été mises  à la disposition de la Justice. Une procédure sera ouverte à leur encontre pour situer leur responsabilité pénale afin qu’ils subissent toute la rigueur de la loi.

Nawa 2 : 68 enfants sauvés  et 24 personnes mises aux arrêts

« Au terme de l’opération  qui a été menée sur les  deux (02) jours hier et aujourd’hui,  nous tenons à vous informer que nous avons soixante-huit (68) victimes qui ont été prises en charge. Elles sont effectivement au Centre d’Accueil pour Enfant en détresse de Soubré. En ce qui concerne les mis en cause, pour la journée d’hier,  nous avons pu interpeller  treize (13) personnes et aujourd’hui,  nous avons eu onze (11). Au total, nous avons interpellé  vingt-quatre (24) mis en cause qui sont   en ce moment à la disposition du commissariat de Soubré. Nous allons continuer les enquêtes jusqu’à lundi  afin d’avoir tous les éléments  et au besoin pour procéder au déferrement de ces personnes », a révélé M. Koné Alexandre, Substitut résident près le tribunal de première instance de San Pedro.  Prenant la parole à la suite du Substitut du procureur, le Colonel Zaka Luc a exprimé son satisfécit face au déroulement de l’enquête et le nombre de forces mobilisée.  « Cette opération a mobilisé au moins cent (100) forces de défense et de sécurité composés des éléments de la Police, de la Gendarmerie, des Eaux et Forêts, d’Interpol, de l’UTC et de personnes civiles.  La mission s’est bien passée. (…) C’est un résultat appréciable au niveau de la police », a-t-il apprécié.

Victor Koffi, Directeur du Centre d’accueil pour enfant en détresse de Soubré lève un coin de voile sur la procédure de prise en charge des enfants dans le centre d’accueil de la Fondation Chidren Of Africa. « Nous avons au total sept (07) points d’écoute avec un travailleur social. Nous avons élaboré un outil de quatre (04) pages qui va identifier l’enfant. Les équipes mixtes de police et de gendarmerie vont venir systématiquement avec les enfants au centre.  Quand nous les recevons, nous faisons un dispatching dans les 7 bureaux d’écoute. Ils seront écoutés en quatre (04) chapitres qui sont : identification de l’enfant,  identification des parents biologiques de l’enfant, identification de l’employeur ou du tuteur de l’enfant et enfin, la vulnérabilité vécue par l’enfant. Quand il est avéré que l’enfant est victime d’une vulnérabilité que nous traitons, l’enfant est retenu temporairement. Cet enfant sera hébergé sur une période de trois (03) jours », a-t-il précisé.

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